Transat



Une transat, ça se prépare, tout le monde vous le dira. Pour nous, rien de spécial, ça fait au moins dix ans que tout est prêt. Alors que beaucoup d'équipages rencontrés à Mindelo appréhendent leur première fois, nous sommes sereins, même si "on se souviendra toujours de la première fois ...."

Tout le monde guette la bonne fenêtre météo. Ici, le vent est de secteur Est, avec de petites variantes dans sa direction. C'est ce qu'il faut pour "passer" de l'autre côté. Mais ce qui préoccupe c'est son intensité. Point trop n'en faut pour commencer, sinon l'amarinage risque d'être douloureux....

Mindelo
Dernière vue de São Vicente

Nous prenons très rapidement le rythme de croisière. Nous fonctionnons par quarts de trois heures, la nuit. Cette durée est théorique,  elle peut varier de 2 heures à 4 heures ou plus en fonction de notre forme. Le manque de sommeil est complété dans la journée par des siestes plus ou moins courtes. 
La veille visuelle que nous pratiquons peut être complétée par une veille radar. Cela nous permet, par exemple, de suivre la trajectoire des orages afin d'essayer de les éviter.

radar

Les taches jaunes sont les orages, nous sommes au centre.... Cette nuit là, nous avons fini par nous mettre à la cape pendant deux heures, nous nous laissons dériver; notre chance sera de dériver dans la bonne direction.


Nous prenons nos repas ensemble, leur préparation nous occupe beaucoup, on mange aussi bien qu'à la maison. Une différence notable, notre réfrigérateur est en panne depuis Palmeira. Cela complique la tâche, nous  ne pouvons pas conserver de plats, il fait 28° dans le bateau. Sous d'autres climats, nous aurions pu stocker dans les fonds du bateau, mais l'océan est à la même température! Nous avons mal évalué la quantité de fruits. Ils nous manqueront cruellement.
Nous lisons beaucoup, parfois sortons un jeu de société et nous nous essayons au maniement du sextant.
Dans le but d'économiser l'eau douce, nous utilisons l'eau de mer dès que possible : pour la cuisine (1/3 eau de mer, 2/3 eau douce), la vaisselle, mais aussi la toilette.

douche
La plus belle salle de bains !

Laurette parfaitement amarinée joue beaucoup, et fait de grandes siestes dans le carré.

laurette
laurette
laurette



Deux jours après le départ, nous constatons que le gain de vitesse dû à la grand-voile par rapport au risque de la déchirer sur les barres de flèches est négligeable. Nous la mettrons au repos jusqu'au bout et ne naviguerons qu'avec les voiles d'avant : spi, génois, foc sous différentes combinaisons.


voiles d'avant
A gauche le foc, à droite le génois (avec la tortue).
spi
Tous les soirs, nous guetterons le rayon vert.

Nous croisons peu de bateaux, mais c'est toujours étonnant de constater que nous ne sommes pas seuls au monde, même si ces rencontres sont parfois inquiétantes. C'est ainsi que le 31 décembre un super porte-contener nous appelle à la VHF, nous signale qu'il se déroute de quelques degrés pour passer sur notre arrière et nous souhaite "Happy new year"!
Le 1ier janvier, nous avons le plaisir de pêcher une belle daurade coryphène de 65 cm de long. Ce sera notre seule prise de la traversée, à cause des sargasses qui se prennent dans l'hameçon.

daurade

La vie s'écoule paisiblement, malgré de petites avaries. Les coutures de la laize supérieure du foc ont lâché; il faut l'amener et recoudre.

couture

Au chapitre des avaries, safran. Quand nous traversons des bancs de sargasses, la barre semble dure. Après inspection nous découvrons que la partie relevable dudit safran a perdu son axe. Heureusement le système bien pensé (Merci Jean-François) évite de perdre cette partie. Cependant, cette partie pivotante est basculée vers l'arrière créant un bras de levier plus important qu'il ne devrait être sur la barre. Nous serons obligés de réduire la vitesse, la dernière semaine, pour éviter une avarie majeure.



safran

Les sargasses.

Ce sont des algues brunes qui prolifèrent dans cette région de l'Atlantique. Elles se présentent sous formes de bancs longilignes ou de grosses nappes qui peuvent être difficilement pénétrables. Nous craignions qu'elles ne s'immiscent dans le système de refroidissement du moteur au risque de nous créer de gros problèmes. Comme nous n'avons pas eu à l'utiliser, nous avons évité ce souci. La pale immergée du régulateur d'allures, elle, a eu des contrariétés: Les sargasses s'y accrochaient en telle quantité que son système de sécurité se déclenchait en libérant ladite pale; cela pouvait se passer toutes les 5 minutes ou toutes les heures. Le bateau perdait alors son cap, il fallait reprendre la barre et réenclencher la pale.
Il était impressionnant d'entendre le changement de bruit de l'étrave quand nous pénétrions les bancs; on avait l'impression de rentrer dans une masse visqueuse qui n'avait rien à voir avec l'eau.
Ces algues sont une calamité pour les rivages caribéens sur lesquels elles s'échouent. Elles se décomposent en produisant du sulfure d'hydrogène et de l'ammoniaque très nocifs pour la santé mais aussi corrosifs pour les matières métalliques et les appareils électroniques.

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sargasses


sargasse


Petite frustration lors de cette traversée: seulement un dauphin et un souffle de cétacé..... Mais magnifiques cieux. Jupiter était présente pendant toute la traversée. Le W de Cassiopée s'était transformé en M, la Grande Ourse un peu à l'envers, la constellation d'Orion toujours aussi belle.
Un pleine Lune, c'est toujours fabuleux, mais une pleine Lune en traversée, c'est magique.

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trajet

Départ le 27 décembre de Mindelo, arrivée le 16 janvier dans l'anse Meunier de la Martinique, 20 jours et 5 heures de traversée. Grog de l'arrivée dans le cockpit, devant le rayon vert tant attendu.

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