Mouillage(s) à Tarrafal


Partis de Palmeira à midi, nous espérions arriver à Tarrafal le lendemain au petit jour; le bateau a besoin d'un sérieux carénage, on ne voit plus la couleur de l'antifouling. Dans ces conditions, on ne peut pas espérer une vitesse "normale".
Le vent de NE nous propulse loin de Sal, à une vitesse que nous ne pouvions imaginer avec une carène dans cet état. La houle de deux mètres transforme cette remise en route en épreuve de montagnes russes. Conséquence : arrivée à 4 h du matin, dans le noir quasi complet, ce qu'on voulait éviter! 90 milles à 5,5noeuds de moyenne. Si Aïta Péa Péa avait été propre...
Après avoir tourné quelque temps pour trouver le bon endroit, nous mouillons parmi les bouées de corps-morts, les petits bateaux de pêche et les viviers. L'ancre est bien accrochée, nous allons nous coucher à 5 h.
A peine réveillés, nous sommes interpelés par des sifflements venus de la côte. C'est Francili, le pêcheur local qui m'avait servi de guide à mon premier passage. Il hurle de sonores "PHILIPPE" en agitant les bras et s'enquiert de notre état. Dès que nous débarquons, il se précipite pour nous aider, l'air vraiment heureux de me revoir. Quand nous nous étions quittés, il m'avait demandé de lui apporter, à mon prochain passage, du parfum de France. Nous lui en offrons un flacon qui semble le combler.
Après un petit tour en ville, pour les formalités d'usage, nous rejoignons notre kayak. Francili est là, qui le surveille avec une bande de copains avec qui il a partagé son parfum. Il est ravi.
Il nous suggère de déplacer le bateau, trop près de la plage, avec le vent qui va arriver le lendemain.

Nous suivons son conseil et partons à la recherche du  bon endroit, assez vite trouvé. Tout aurait pu être tranquille si le vent n'avait pas été aussi farceur. En effet il a forci, mais par rafales et pas n'importe quelles rafales : elles changeaient sans cesse de direction orientant les bateaux dans tous les sens, pour disparaître aussi soudainement qu'elles étaient arrivées. C'est comme ça que nous nous sommes retrouvés avec un petit bateau de pêche abordant notre arrière, si bien que son amarre est passée sous la voûte pour se coincer dans le safran. Impossible de dégager. N'écoutant que son courage, le héros plonge pour clarifier la situation; il plonge à plusieurs reprises, sans succès. Les deux bateaux se rapprochent dangereusement au moment où il remonte à la surface. Mais un héros n'est rien sans son ange-gardien qui lui crie "ATTENTION" et lui évite l'écrasement entre les deux bateaux;  à l'issue d'une lutte acharnée contre le matériel, le safran est libéré. Nous pouvons enfin chercher un nouveau mouillage.
Cette tentative sera elle aussi problématique. Après avoir mouillé, nous observons que nous nous rapprochons beaucoup trop de notre voisin. Le plus étonnant est que, dans les rafales nous évitons dans des directions différentes au point que nous débordons notre voisin. Nous remontons de nouveau le mouillage, ou plutôt, nous essayons. Le cordage d'un corps-mort s'est emmélé autour de la chaîne. Une fois de plus, le super-héros plonge mais n'arrive à rien, il doit couper ce cordage. Epuisé mais comblé par la réussite de son action, notre super-héro confie sa vie à son ange-gardien qui choisit le nouveau mouillage. Jusqu'ici tout va bien!


Philippe